Alexandre Lavet
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François Aubart, février 2014


Texte écrit pour l’exposition ‘Les enfants du sabbat 15’ au CAC Creux de l’enfer, Thiers (FR).


Malgré leur velléité à disparaître et à se faire le moins visible possible, tous les espaces d’exposition sont marqués par certaines caractéristiques. Sous leur apparente neutralité on découvre un outillage de normalisation et de paramétrage. C’est de celui-ci dont Alexandre Lavet rend compte avec son projet ‘Demain, peut-être’. Il s’agit d’un ensemble de sculptures fait des éléments qui soutiennent ou entourent les oeuvres dans une exposition. Socles, barrières et autres cadres apparaissent en tant que tel, pour ce qu’il sont. On a ainsi sous les yeux une exposition par le vide, c’est-à-dire la mise en évidence, et la contemplation de tous les éléments qui façonnent notre rapport à l’art.

En montrant ces éléments pour ce qu’ils sont, de façon autonome, Alexandre Lavet les libère de leur fonction attendue. Plus encore il en révèle la part sculpturale. Cette mise en évidence d’un objet neutre, ou en tout cas chargé d’un coefficient artistique, pour faire oeuvre a également été exploitée par Alexandre Lavet dans son projet La page blanche n’existe pas. Il construit alors lui-même un certain nombre d’éléments blancs tels que des socles, des cadres ou des journaux qui apparaissent comme autant d’espaces en attente d’une intervention artistique prenant leur autonomie. Dans ce projet il va jusqu’à construire un espace d’exposition, un cube blanc avec néons et socle, montré comme une sculpture. Les projets suivants d’Alexandre Lavet consistent en des interventions à peine visibles dans l’espace fictionnel qu’est celui de l’exposition. Il s’agit de laisser traîner une paire de clous, une agrafe ou de la graphite. Les traces de construction que l’on tend souvent à faire disparaître sont ainsi convoquées comme propositions artistiques. Des propositions au coefficient de visibilité faible. On peut en effet passer à côté, mais on peut aussi les appréhender d’une façon narrative. En effet ces traces de construction apparaissent comme les amorces d’histoires, celles qui ont eu lieu avant le vernissage d’une exposition. Ces oeuvres ont aussi le potentiel narratif dans la mesure où souvent les spectateurs interagissent avec elles. Marchant dessus ils font des traces au sol, parfois ils les déplacent. Ainsi, avec discrétion Alexandre Lavet révèle le lieu d’exposition dans lequel il intervient. Cela parce qu’en exploitant certaines des ses caractéristiques, il en fait le lieu d’une fiction qui ne pourrait avoir lieu que là. C’est d’ailleurs en exploitant ces spécificités qu’avec peu de moyens il fait apparaître un coucher de soleil dans une salle d’exposition. Sa vidéo ‘Sunset’ exploite en effet les possibilités réfléchissantes du sol du lieu qui l’accueille pour faire d’une banale image vidéo faisant défiler plusieurs couleurs jusqu’au noir un spectacle grandiose. Là encore les potentiels de sublimation de l’espace d’exposition sont exploités à plein régime.

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