Alexandre Lavet
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Le jour où la nuit se lève

Martial Deflacieux, décembre 2013


Texte écrit pour ‘Première’, une exposition collective au BBB centre d’art, Toulouse (FR) et livre d’exposition. Co-produit par le CAC Meymac et le BBB centre d’art en janvier 2014.


Appréhender la démarche d’Alexandre Lavet c’est tout d’abord épouser l’idée de ce regard hypothétique qui pourrait, de part en part d’un point de vue, entrevoir dans le même temps, le coucher et le lever du soleil. Peu de chemins mènent à ce point de vue paradoxal. Certaines images en sont capables, celles que produit Alexandre Lavet en ont les qualités.

Elles rayonnent de cette idée qui considère l’apparition d’une forme à travers sa disparition. C’est précisément ce qui se déroule sous nos yeux à l’observation de Sunset 1. Cette vidéo projette le défilement d’une capture d’écran où se déploient, à partir d’une surface à demi ronde et jaune, les couleurs du prisme jusqu’à atteindre le noir aux limites de l’indigo. Ce film est celui du jour où la nuit se lève. La force poétique de cette image n’a d’égale que l’importante désincarnation du processus de fabrication qui l’a vue naitre. En effet, les couleurs ont été générées par un programme informatique et leur défilement créé par la banale utilisation du scrolling. La nuit à laquelle on se rend à travers Sunset est celle de la réalité de l’image.

Il ne faudrait pas pour autant se méprendre sur le travail d’Alexandre Lavet et prêter à sa sensibilité les intentions d’une philosophie qui prétend constater la dissolution du réel dans sa représentation. La nuit, tout comme le vide et l’absence sont des éléments dont Alexandre Lavet conteste la pauvreté notamment par l’utilisation singulière de formes latentes prenant l’allure d’étranges sculptures. La page blanche n’existe pas 2 et Demain, peut-être. 3 sont en ce sens des titres programmatiques. La fin du monde 4 n’est pas une prophétie de l’apocalypse mais différentes vues de google street view. La fin du monde nous mène à la frontière des navigations géographiques virtuelles possibles, là où Internet ne peut plus les offrir et où commence en réalité l’itinéraire des explorateurs. L’endroit où nous convie Alexandre Lavet n’est donc pas celui de la fin de l’image mais celui de sa possible découverte.

Sans titre.sub 5 pourrait à lui seul résumer ce qui a été dit. Ce film couleur muet, tel qu’il est qualifié, est noir à l’exception d’un sous titrage jaune, un récit à l’attention du spectateur qui semble donner une parole au film. Sa qualification confrontée à l’impression qu’il donne n’est pas le dernier de ses paradoxes. Sa source lumineuse vient par exemple de la projection d’un fond noir. Le sous-titrage n’interprète aucun langage si ce n’est celui que l’on est en train de s’imaginer grâce à lui. Cette installation est extrêmement belle, elle dégage de son apparente simplicité de nombreuses possibilités esthétiques, c’est à dire de nombreuse façons de la voir, de la considérer, en somme de la réfléchir. La nuit traversant la démarche d’Alexandre Lavet n’est pas celle du deuil mais celle du seuil d’où il nous est possible de lever le regard de part et d’autre des différentes réalités que compose toute image.


1 Sunset, 2012, capture d’écran vidéo, 9 min, en boucle
2 La page blanche n’existe pas, 2011, divers éléments
3 Demain, peut-être., 2011, divers éléments
4 La fin du monde, 2012, ensemble de 9 captures d’écran, impressions pigmentaires jet d’encre sur papier Epson Premium Semigloss, 45 x 70 cm chacune
5 Sans titre.sub, 2013, film couleur muet, 11 min

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